Caitriona Balfe : de Outlander au Festival de Cannes, l’ascension d’une ex top model

(Par Lorenzo Ormando – 15 avril 2016) sur Marie Claire Italie.

http://www.marieclaire.it/Attualita/interviste/Caitriona-Balfe- a-Cannes- per-il- film-Money- Monster
Article traduit de l’Italien par notre amie  Christine Mugnier
Une nomination aux Golden Globe, Jodie Foster qui l’a voulue dans Money Monster et tant d’autres choses :

Interview d’une actrice délicieusement irlandaise.

La liste des films en compétition au prochain Festival de Cannes est sortie, et naturellement y figure le très attendu Money Monster, dirigé par Jodie Foster. Et avec lui, Catriona Balfe va faire parler d’elle. La Star de la série TVOutlander, choisie entre des milliers par Mme Foster pour jouer aux côtés de George Clooney et Julia Roberts. Mais
qui est-elle ?

Attention : Caitriona se prononce «Catrina ». Elle vient à ma rencontre dans la suite d’un hôtel de Londres.

« Ciao, buongiorno ! » l’italien est parfait et elle ma main franchement. Elle est grande et longiligne, pas le moindre défaut même de la taille d’un pixel sur son visage très clair. Pas étonnant que 2 ans en arrière, le magazine Rolling Stone l’aie fait figurer l’actrice parmi les 25 sex symbols les plus « hot » du monde.

Je lui demande si elle parle notre langue (italien) couramment : « non, juste quelques mots appris quand je travaillais à Milan » dit-elle en remettant en place une mèche de cheveux. Par contre elle connaît le gaélique irlandais et un peu de français, « le résultat de deux ans passés à Paris quand j’étais jeune. Cela m’a été utile quand lors du tournage de la seconde saison d’Outlander, se situant en France ». La série en Italie arrivera en juin sur FoxLife,NDLR). Elle précise : « Au début du tournage, j’ai quand même eu besoin d’un coach pour rectifier l’accent ».

L’heure du déjeuner est passée et elle a juste fini de poser pour un long shooting photo, mais elle ne montre pas de signe de fatigue. Elle montre même un enthousiasme atypique pour quelqu’un qui fait ce métier depuis des années et qui est habituée à répondre souvent aux mêmes questions, quelques fois stupides. Elle vient juste de commencer un tour d’Europe pour parler à la presse, mais elle est satisfaite. En fait, elle voyage depuis si longtemps : elle a vécu 8 ans à New York, sans parler de l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie et l’Ecosse (pas nécessairement dans cet ordre).

Elle écoute attentivement la liste des ville, me regarde droit dans les yeux et j’ai l’impression qu’elle est en train de reparcourir mentalement chaque étape. « J’ai passé l’année dernière à travailler et donc j’avais besoin d’un peu de vacances. Je viens juste de revenir de Venise. Tour complet, y compris la Place Saint Marc complètement inondée »
dit-elle en me montrant sur son portable une photo quelle a publié sur Instagram. En réalité les réseaux sociaux lui servent « surtout pour rester en contact avec les amis disséminés dans le monde entier. J’envoie un message sur Facebook et je demande : « qui est disponible ce soir pour des retrouvailles ? ».

Caitriona est gentille, accueillante, immédiatement accessible : on pourrait lui proposer d’aller boire une bière et elle dirait oui. Elle a deux très bons motifs pour être satisfaite : en mai, elle défilera pour la première fois sur le tapis rouge du 69 ème Festival de Cannes et, à ses côtés, il y aura aussi Julia Roberts et George Clooney, qui ont joué avec elle dans le très attendu thriller Money Monster, réalisé par Jodie Foster. Dans le film, George Glooney interprète Lee Gates, un journaliste expert en finances qui est pris en otage en direct à la télévision par un jeune investisseur ayant tout perdu. « Jodie … je l’admire depuis toujours, je ne pouvais pas croire à la chance qui m’arrivait quand elle a voulu me connaître. Elle m’a fait sentir tout de suite à l’aise, nous avons lu ensemble les répliques de mon personnage et fait différents essais. C’est une personne délicieuse, avec les pieds sur terre. » Ce qui l’intéresse chez ses collègues (de Money Monster) ce sont eux en tant que personnes, plus que leurs statuts de stars : « Avec Julia, j’ai beaucoup de scènes au téléphone : elle me parlait du studio à côté du mien et elle pouvait me voir, pendant que
moi je ne pouvais que l’entendre. C’était amusant et un peu étrange. Lors des pauses, nous avons beaucoup bavardé. Je reste frappée du fait que la majeure partie des grands acteurs soient des personnes normales, qui ne se la jouent pas. Mais ne me faites pas parler de Gena Rowlands ou Meryl Streep, parce que je les admire tellement que je serais incapable de prononcer un mot. »

Caitriona a une qualité rare, elle réussit à mettre à l’aise son interlocuteur en quelques secondes, avec un éclat de rire ou un regard vers le ciel qui trahit un peu d’embarras quelques fois. Si vous n’avez jamais entendu parler d’elle, essayer de taper son nom sur Google et vous vous rendrez compte qu’il y a deux Caitriona : la première est une fille d’à peine 20 ans qui, après avoir été découverte par un chercheur de talent dans une rue à Dublin, a commencé à défiler pour Chanel, Marc Jacobs et Dolce & Gabbanna, devenant la top model la plus demandée d’Irlande.

« Au début je me sentais comme un poisson hors de l’eau, je travaillais avec les mannequins les plus payées de la planète et je pensais : «mais qu’est-ce ce que je fais ici ? ». Tout était irréel »

La seconde Caitriona, c’est celle-ci , c’est une femme déterminée qui, il y a 7 ans, à l’approche de la trentaine, a remis en question tout ce qu’elle avait accompli, arrêtant tout pour recommencer à zéro. « La mode n’a jamais été une grande passion ; après un certain temps, j’ai commencé à m’en lasser et j’ai étudié le théatre au Conservatoire de Musique et de Théâtre de Dublin »

En fait, à l’âge de 5 ans, elle s’amusait à faire des imitations. Celle de Margaret Thatcher, en particulier, la préférée des amis et de la famille. « J’étais un vrai garçon manqué, je préférais courir dans la campagne ou grimper dans les arbres. Je rendais mes parents fous, mais je pense qu’ils m’ont pardonné maintenant. »

Elle a six frères et sœurs, mais aucun ne partage ses goûts. « Ils sont tous des métiers plus conventionnels que moi :
scientifiques, mathématiciens, officiers de police. Ils ont leur vie, partagées entre travail et famille, et je ne crois pas qu’ils s’intéressent beaucoup à mon travail. Mais ils sont fiers de moi, c’est sûr », et elle sourit. Puis ajoute, comme si elle s’était rendu compte subitement d’une chose importante : « en réalité, ma sœur habite à Londres, je pourrais
peut-être l’inviter à une première quand l’occasion se présentera. »

Donc, en 2009, après presque 10 ans passés à défiler sur les podiums, elle met toute sa vie dans une valise et réserve un billet d’aller (sans retour) pour Los Angeles. « Personne ne pouvait me garantir que ce ne serait pas un énorme échec, mais j’ai décidé de tenter : j’ai commencé à fréquenter des cours de comédie et à frapper aux portes d’agents de production, comme beaucoup de monde Au début, c’était difficile d’obtenir ne serait-ce qu’une audition. J’ai passé 2 ans très difficiles. Mais je pense que c’était un parcours nécessaire pour qui veut faire ce métier : cela te prépare aux épreuves que tu devras affronter ».

As-tu jamais pensé tout abandonner un jour ? Elle soupire, la voix se fait plus basse : « j’admets en avoir été proche.
Pendant un temps, je me suis posé la question. Mais ma nature impulsive m’a sauvée : quelques fois, dans la vie, tu dois simplement te lancer, même si tu es terrorisée ».

Par chance, quelqu’un la remarquée et lui a donné une chance : le réalisateur J.J. Abrams (celui du dernier Star Wars) lui offre un petit rôle dans « Super 8 », lui permettant d’obtenir un visa de travail pour rester aux Etats Unis : « Je jouais la mère de l’enfant protagoniste du film et je n’avais même pas une seule réplique. Et la même chose est
arrivée quand j’ai joué avec Michael Caine dans « Now you see me ». Je pense que j’aurais été une grande actrice du temps du cinéma muet ». Et elle rit pendant qu’elle se verse un peu de thé dans une tasse. Le changement arrive en 2013 quand la chaîne STARZ adapte pour le petit écran la saga littéraire Outlander , écrite par Diana Gabaldon. Un succès de quasi 30 millions d’exemplaires vendus et traduite en 23 langues. Au centre de l’histoire, l’infirmière Claire Randall, qui est « catapultée » par magie de 1945 à l’Ecosse du 18 ème siècle. Entre batailles sanglantes et reconstitutions historiques, il y a la place pour une histoire d’amour passionnée avec le charmant Jamie Fraser (joué
par l’écossais Sam Heughan). Il y a quelque chose de profond entre Caitriona et Claire : « Ma grand-mère était infirmière à Southampton, durant la seconde guerre mondiale. Elle est morte précisément durant le tournage et ma mère a trouvé un dessin qu’un soldat lui avait fait. Cela a été un lien très particulier pour moi.

Dès la diffusion de la série, Caitriona devient une star et le 10 janvier dernier, elle s’est présentée au Beverly Hilton Hotel de Beverly Hills, avec une splendide robe noire semi-transparente d’Alexander McQueen, pour la cérémonie de remise des Golden Globe, pour laquelle elle était nominée comme meilleure actrice dans une série dramatique.

« Quand ils ont annoncé les nominations, j’étais sur le plateau de tournage et j’allais me changer dans ma loge.J’allume mon mobile et je vois des centaines de sms. Je n’arrivais pas à y croire, j’ai hurlé ». As-t’elle elle a fêté ça avec l’équipe de tournage ?  « Ils se sont réjouis avec moi, mais après cinq minutes, nous sommes retournés travailler. Clap ! Action ! La télévision ne s’arrête jamais ». Caitriona, qui dans le passé a été liée au guitariste Dave Malone du groupe Radio4, est célibataire maintenant, mais les fans et les tabloïds ne parlent que de l’alchimie entre elle et Sam Heughan à cause des nombreuses scènes de sexe (« chaque fois que mes parents regardent ensemble la série, ma mère cherche à distraire mon père parce qu’elle pense qu’il pourrait être choqué »).

Les principaux intéressés ont toujours nié une relation sentimentale, expliquant qu’ils sont liés par une grande amitié.

S’habitue-t ’on jamais à se déshabiller devant une équipe de tournage ? « non, jamais, et je déteste regarder mes scènes. Mais si tu travailles avec des personnes amies, les choses sont plus faciles ». Dans la seconde saison d’Outlander, elle m’explique que Claire vivra des expériences particulièrement traumatiques. Impossible de lui faire rajouter quelques détails sur l’histoire.

E sur « Money Monster » ? « J’interprète la directrice des relations publiques d’une chaîne tv spécialisée en Finances. Cette histoire pose deux questions : comment fonctionne notre système financier ? et quelle société fabriquons nous ?. Nous avons de grandes firmes financiers qui créent des systèmes si avancés qu’ils rendent
impossible toute régulation de la part des gouvernement, avec des technologies qui avancent plus rapidement que ce que la société « normale » peut comprendre. Seules les personnes travaillant dans la finance sont les seuls à en connaître les rouages. Cela a été intéressant pour moi d’approfondir le sujet en faisant des recherches ».

Comment avez-vous changé depuis que vous avez commencé à travailler dans le cinéma ? « Pendant longtemps, j’ai fait des choix audacieux, dictés par l’instinct. Maintenant, je sais ce que je veux, et je vais droit dans cette direction.

Il y a quelques jours, on m’a demandé si je me sentais un modèle pour quelqu’un rêvant de ce métier. Et bien, je veux rester fidèle à moi-même. Choisir des rôle intelligents. Me tenir éloignée des vanités de ce monde. Je ne peux rien faire de plus ».

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